Les Chroniques Culture de Niko

Livres abordés

LES FANTOMES DE VERSAILLES / LES PRINCES DE LA NUIT de Jacques Forgeas

L’OMBRE DE PARIS de Robert J.  Llyod

Trois pour le prix d’un ! Enfin, si vous les achetez (dans ce cas, privilégiez les deux premiers), sinon ils se trouvent en médiathèque.

Pourquoi ces livres-là et pourquoi se retrouvent-ils sur le site de Mysteries Hunt ?
De quoi ça parle, par exemple « les Fantômes de Versailles » ? Point de surnaturel, ni de spectres ou autres apparitions blanchâtres (quoique…) là-dedans.

En 1673, on découvre une jeune femme assassinée. La chose plutôt effrayante ? Elle a les lèvres cousues.

Entre en scène Gabriel Nicolas de La Reynie, premier flic de Paris et surtout considéré comme le père de la police judiciaire française, et même de la police scientifique, comme le montre le livre. C’est aussi un personnage pivot d’un célèbre jeu de piste qui se déroule à Versailles et qui a pour toile de fond l’affaire des Poisons. Très préoccupé par cette même affaire (en gros, ça empoisonne à tour de bras à Paris – et ailleurs !), La Reynie se doute bien, malgré tout, que vu le caractère morbide du meurtre, ce n’est pas terminé.

Ordre est donc donné au commissaire du Châtelet (le 36 quai des Orfèvres de l’époque) de mettre ses meilleurs éléments sur le coup. Ce sont donc deux inspecteurs plutôt futés qui s’y collent. Et ce qu’ils vont déterrer est à mille lieues de ce qu’ils auraient pu imaginer.

Et Louis XIV, pendant ce temps-là ? Lui se moque complètement de l’affaire des Poisons et autres meurtres. Non, tout ce qui lui importe, c’est la guerre contre la Hollande, monter ses sujets les uns contre les autres (il peut, après tout c’est le représentant de Dieu sur Terre) et surtout savoir ce que va représenter un certain tableau.

Pas n’importe quel tableau ; celui commandé par sa favorite déchue, qu’elle commande à un maître de l’époque avant de rentrer au couvent. Comme tout art est politique, suivant ce qu’ il va représenter, son message pourrait gêner beaucoup de monde. Et donc apparaît un autre personnage essentiel, Emilio, apprenti du maître, qui va à son corps défendant jouer les triples espions, y compris pour… La Reynie. Il permettra aux deux enquêtes de se rapprocher jusqu’à complètement se télescoper. S’ensuivent coups tordus, révélations, guerres secrètes (une fameuse « autre guerre » décrite par Colbert – ne pas l’oublier celui-là), complot à tous les étages, innovations scientifiques (l’invention du portrait-robot lors de deux séquences mémorables) et même… Une très belle histoire d’amour évidemment contrariée par des infidélités nécessaires (politiques on vous dit !)

C’est tout simplement passionnant à lire pour des gens comme moi plutôt néophyte sur cette période – et même les autres, il y a suffisamment de rebondissements et de portraits haut en couleur (ha le flic qui parle à sa femme défunte…)

La suite, Les Princes de la nuit, est absolument dans la même lignée, mais là où le premier pouvait se prévaloir d’une grande épopée amoureuse (en plus de tous les autres thèmes abordés) le deuxième est plus brut de décoffrage.

Pas de romantisme ici. Ça parle de sorcières crucifiées, de luttes entre idéologies, du choc entre la science et la religion, les superstitions, de sabbat (dont une scène assez mémorable qui a lieu à St Germain en Laye).

Plus que jamais, les policiers/protagonistes du premier tome sont tiraillés entre modernité et traditions archaïques, entre volonté de rendre une justice équitable et obligation de servir le roi. Pas si simple – et tellement moderne ! Et comme si cela ne suffisait pas à leur tourment un des enjeux narratifs du récit vient perturber tout ce beau monde et pas des moindre, celui de répondre à la question :

l’âme existe-t-elle ?

Comme pour le premier volume, l’auteur ne prend pas le lecteur de haut, n’étale pas sa science ou alors quand il le fait, c’est avec de l’humour.

L’humour, c’est justement ce qui manque à Robert J. Lloyd (bizarre pour un Anglais) et à son “Ombre de Paris”. Au début, c’est complètement fascinant. Après tout, je ne connais pas du tout l’histoire anglaise ou si peu. Apparemment, à l’époque de Louis XIV, en Angleterre, ça ne rigolait pas beaucoup non plus. Là-bas, les monarchistes ont repris le pouvoir, mais ce qu’ils craignent le plus c’est… Les catholiques. Et la religion qui domine en France est… le catholicisme. Donc un complot est ourdit par la France – aucune animosité à l’égard des Français de la part de l’auteur, on n’est pas là pour ça – et des cinglés qui veulent bousiller la Reine d’Angleterre, catholique…

Le héros est atypique, plus scientifique qu’autre chose. La description de la fameuse Société Royale de Londres et des expérimentations tous azimuts également. La science d’abord le reste ne compte pas. Tombé en disgrâce, parce qu’une de ses expériences a lamentablement foiré, Harry Hunt (un ancêtre d’Ethan ?) se retrouve à jouer les détectives. Il est sommé de retrouver un macchabée qui ne l’est finalement pas.

Au bout d’un début d’intrigues interminable – on frôle le roman russe, là où un personnage met quatre pages à ouvrir une porte, notre héros se retrouve donc à Paris, là où tout commence.
L’Auteur est apparemment un vrai érudit. Ça se sent, il ne peut s’empêcher de professer à longueur de page. Pire que du Tarantino… Quand bien même sa description de Paris est plutôt formidable (si les gens pensent que c’était mieux avant, il ne faut pas trop remonter dans l’avant) et son De La Reynie à la fois très proche de Forgeas et est un peu différent (limite faf machiavélique), il perd le lecteur dans ses innombrables digressions.

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